La culture des rotifères en aquacultureLes rotifères constituent la plupart du temps la base de l’alimentation des larves en écloserie piscicole marine, leur bouche étant souvent trop petite pour pouvoir consommer des artémia à la résorption du vitellus. L’espèce la plus largement utilisée est Brachionus plicatilis, et des souches de tailles différentes ont été sélectionnée au fil du temps (S-type : 160 microns – L-type : 240 microns).
Il existe de nombreuses méthodes pour la culture des rotifères, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients. Je ne décrirai ici que les techniques que j’ai personnellement utilisées et dont je peux ainsi apprécier l’intérêt.
1- Batch culture ou culture séquentielle1.1 PrincipeLe principe de cette méthode est de lancer un bloom d’algues dans un bac puis de l’ensemencer en rotifères, la récolte se faisant lorsque la majeure partie voire la totalité des algues ont été consommées. Le cycle global de production durant 6 jours : 2 jours de bloom algal, 3 jours de multiplication des rotifères, 1 jours d’à sec. En faisant une rotation sur 6 bacs, on peut donc obtenir une production régulière.
1.2 Matériel- 6 bacs cylindriques de 2m3La hauteur des bacs ne devra pas être trop importante pour permettre une meilleure croissance des algues ; pour la même raison, ils devront être bien exposés au soleil. Les bacs utilisés faisaient 80cm de haut et étaient en polyester et à fond plat (un fond conique donnerait probablement de meilleurs résultats en termes de propreté du bac et de brassage).
- Panier de récolte maille 60 micronsLes dimensions sont d’environ 80 de long sur 40 de large et de haut. La confection des coutures doit être particulièrement soignée pour éviter les fuites, et elles doivent être renforcées avec de la toile PVC pour éviter tout déchirement.
En insérant un tuyau d’air dans un tuyau de PVC de 32mm de diamètre coudé, on obtient un exhausteur qui servira à faire passer l’eau du bac de culture dans le panier.
- Culture d’algues300 litres de culture de type Nannochloropsis occulata ou Chlorella par jour sont nécessaires.
- EngraisL’engrais utilisé pour lancer le bloom d’algues est un engrais agricole : du sulfate d’ammonium (NH4)2SO4 à raison de 35g par m3 et du Kristalon® « vert » à raison de 15g par m3.
1.3 ProtocoleJour 1 : ensemencement du bac en algues300 litres d’algues sont transférés dans le bac auquel on ajoute également 700 litres d’eau de mer filtrée à 15 microns. On ajoute la dose d’engrais pour 1m3 préalablement diluée, et on installe un fort brassage (de l’ordre de 30 litre/minute).
Jour 2 : rien à faire.Jour 3 : ensemencement en rotifèresApport de 500 litres d’eau de mer fraiche est réalisé avant d’ensemencer le bac avec 45 millions de rotifères soit une concentration initiale de 30 rotifères / ml.
Jour 4 : suivi de la cultureLes rotifères sont comptés afin d’estimer leur nombre (voir protocole plus loin). Si le bloom d’algues a déjà été consommé, un apport d’algues ou de levure peut venir y palier (en général c’est inutile à ce stade avec un bon ensoleillement).
Jour 5 : récolteUn apport de 300 litres d’eau neuve est fait le matin, ainsi qu’un nourrissage éventuel sur levure ou algues. Le soir, le panier de récolte est posé sur le bac et l’exhausteur installé : l’eau du bac sera ainsi filtrée toute la nuit à travers le panier.
Jour 6 : nettoyage et désinfectionLe matin le panier est vidé de son contenu : il est relevé petit-à-petit hors de l’eau pour concentrer les rotifères dans un plus petit volume, puis récolté au bécher pour être disposé dans un seau de 10 litre muni d’un brassage à grosses bulles (les rotifères à haute concentration détestent les diffuseurs : formation de petites paillettes sèche en surface – des amas de rotifères morts).
Le bac est ensuite vidangé, rincé et brossé avec un peu d’eau chlorée ; après un bon rinçage à l’eau douce, il est laissé à sec pendant la journée, en plein soleil.
En décalant les 6 cycles de chacun des bacs d’une journée, on fait une récolte chaque jour, dont une partie sert à ensemencer un autre bac.
1.4 RésultatsCette technique permet de récolter entre 150 et 450 millions de rotifères chaque jour, dont 50 millions sont prélevés pour l’ensemencement.
1.5 Avantages et inconvénientsL’intérêt de cette technique est d’éviter les chutes de population que l’on peut parfois observer dans les bacs « vieillissants » : la culture des rotifères produit des quantités importantes de déchets et il est bien souvent difficile de maintenir une qualité d’eau optimale. Avec cette technique, aussi bien les algues que les rotifères sont maintenus en état de bloom ce qui évite ces problèmes : la culture sous algues est toujours plus propre et la dynamique de la population est telle que la pollution est limitée.
En revanche, cela nécessite un travail relativement important, notamment à cause de la culture d’algues qu’il faut réaliser en parallèle.
Enfin, la fourchette de production est relativement large du fait de la dépendance à l’ensoleillement : les jours de pluie ne sont pas favorables aux blooms d’algue et aboutisse souvent à une culture sur levure dès le lendemain de l’ensemencement en rotifères ; la multiplication des rotifères est alors bien moins intéressante (100 millions récoltés pour 50 ensemencés), la récolte moins efficace (la levure a tendance à plus colmater le panier de récolte et à faire diminuer la taille des rotifères, qui passent alors plus à travers les mailles du panier), et surtout les rotifères d’une qualité nutritionnelle bien inférieure.
2- La culture continue en grand volume2.1 PrincipeIl s’agit d’une sorte de réacteur à rotifères : 2 bacs côté à côte, l’un dans lequel on fait monter un bloom algal, le second dans lequel on cultive les rotifères. Un apport d’eau neuve dans le bac de culture d’algue fait déborder celui-ci dans le bac de culture des rotifères, leur apportant ainsi leur nourriture. Le bac de rotifères déborde alors dans une cuve équipée d’un panier de récolte dont on récupère chaque jour le contenu.
2.2 Matériel- 2 bacs circulaires de 30m3 et 90cm de haut
Ces bacs doivent être à proximité l’un de l’autre pour pouvoir mettre en place le débordement de l’un à l’autre.
- 1m3 d’algues N. chloropsis ou Chlorella à l’ensemencement
- 1 panier de récolte 60 microns
2.3 ProtocoleVu le volume des bacs et l’influence des conditions météo, il n’y a pas de protocole vraiment précis, mais voici les principes :
1- le bac de culture d’algues est ensemencé avec 1m3 d’algues et 3m3 d’eau de mer aux quels on ajoute les doses d’engrais pour 4m3 (cf. protocole précédent) ; un filet d’eau est laissé sur le bac réglé de telle sorte que le bac se remplisse en environ une semaine (le débit pourra être ajusté en fonction de la couleur de l’eau et donc de l’ensoleillement), et on ajoute chaque jour la dose d’engrais correspondante au volume ajouté.
2- Lorsque le bac est plein, on en siphonne la moitié dans le bac voisin, que l’on ensemence en rotifères (50 à 100 millions, soit une concentration de départ de 3 à 7 rotifères/ml ; s’agissant d’une faible concentration, la population mettra du temps à consommer les algues et à croître, ce qui laisse le temps au premier bac de se remplir à nouveau.
3- Lorsque le premier bac est à nouveau plein, il commence à se déverser dans le premier, qui une fois rempli déborde et commencer à produire des rotifères.
Tout l’art consiste alors à régler le débit d’eau neuve : en fonction de la concentration en algues, on augmente ou réduit le débit pour maintenir la culture ; si le débit d’algues est trop faible, on peut ajouter de l’eau neuve directement dans le bac de rotifères pour en récolter plus et complémenter leur alimentation avec de la levure.
2.4 RésultatsCette technique permet de maintenir une production de rotifères relativement stable pendant un mois à un mois et demi, avec un travail minime (comptages quotidiens, réglage des débits, ajouts d’engrais et éventuellement de levure, récolte). En planifiant correctement le démarrage, il est possible de le caler sur un élevage larvaire pour lequel la phase de nourrissage sur rotifères dure rarement plus de 20 jours.
La production quotidienne de ce système variait de 50 à 250 millions de rotifères par jour, avec le grand avantage de pouvoir moduler la récolte en fonction des besoins en ajustant le débit ; les plus faibles récoltes en début d’élevage larvaire entrainent une augmentation de la concentration en algues et en rotifères dans chacun des deux bacs qui permet de faire face à l’augmentation des besoins pour la suite de l’élevage.
Article en cours d'écriture... faites moi déjà part de vos observations et ou questions! (j'ai perdu les photos que j'avais avec mon disque dur, jevais essayer de récupérer des photos, mais c'est pas gagné...!).
Sinon j'ai aussi une petite publication en format pdf avec un système de culture intensive en continu vraiment très intéressant, mais je ne sais pas comment on pourrait le mettre sur le site...?